«I love to speak with Leonard, he’s sportsman and a sheperd. He’s a lazy bastard, living in a suit» («J’aime converser avec Leonard, c’est un athlète et un guide. C’est un sacré fainéant, qui s’habille en costume). Ainsi s’ouvre et s’achève Going Home, le premier morceau du douzième album de Leonard Cohen, sur lequel le poète canadien y fait à la fois preuve d’un sens de l’auto-dérision et d’une profondeur digne des sages. Old Ideas succède à Dear Heather, paru en 2004, dans la discographie de ce jeune homme de 77 ans.
Rentrer chez soi, retrouver son foyer. C’est précisément la sensation que procure d’emblée l’écoute de Going Home. L’impression de trouver un refuge accueillant et chaleureux, après avoir marché des kilomètres, en proie au froid et aux doutes. Leonard Cohen nous y accueille, sereinement installé sur un fauteuil dans un coin de la pièce, à l’image de la photo illustrant le disque. Sa voix chaude et rocailleuse y coule sur les chœurs et les cordes, tout comme sur l’aérien et soul Come Healing. Elle devient celle du guide sur un Show Me The Place à l’épaisseur dramatique guère éloignée du célèbre Hallelujah.
Le berger nous conduit sur des terres jazzy et gospel sur Amen, sa voix évoquant même par instants celle de son cadet Tom Waits. Un banjo discret nous y accompagne, avant que la troupe ne prenne la direction du Midwest (Banjo). «I’m old, and the mirrors don’t lie». En vieux cow-boy, il se laisse aller à quelques confessions au coin du feu sur Crazy To Love You. «J’ai toujours aimé le blues, sa construction musicale. Mais j’ai toujours eu l’impression que je n’avais pas le droit de le chanter» reconnaissait Leonard Cohen en préambule à l’album. Le blues épuré de Darkness vient largement réparer ce contre-temps.
Old Ideas offre au poète canadien l’opportunité d’une réfléxion sur la vie, l’amour et la mort, empreint de spiritualité. Plus serein et apaisé que jamais, l’ancien moine bouddhiste semble avoir laissé loin derrière lui ses déboires financiers, pour laisser son inspiration s’exprimer. Et le berger de confesser que cette étape ne devrait pas être la dernière, qu’il n’est pas encore parvenu au sommet et qu’il compte bien sortir un autre album. S’il celui-ci s’avère de la trempe de Old Ideas, œuvre intemporelle et ode humaniste, on suivra à nouveau le guide les yeux fermés.
Qu’est- ce qu’un classique ? Au sens artistique du terme. Et pour ce qui nous concerne, d’un point de vue musical? Le flot d’adjectifs censés définir un disque à la portée autre que le tout venant se doit-il d’être confiné aux mêmes qualificatifs convenus le rendant alors, vicieusement, immédiatement périmé pour certains auditeurs un peu trop hautain pour écouter ce que la masse trouve intouchable? Derrière ce nombre peu recommandable de points d’interrogations se cache une dernière question, légitime: peut-on encore faire un grand disque de rap français en 2012? Si la vantardise naturelle du journaliste serait de s’auto-proclamer seul décideur d’un tel fait, une autre certitude, plus concrète vient entériner les débats. Venu de nulle part pour ceux qui pensent que «Le Rap c’était mieux avant», attendu fébrilement par les hip-hop heads ayant gardé la flamme, l’album Noir Désir de Youssoupha est un douloureux traumatisme pour qui saura y prêter ne serait-ce qu’une demie-oreille. Car derrière le drapeau fané d’un rap hexagonal en pleine renaissance (et donc par définition, encore balbutiant) se cache le plus grand disque du genre produit en France ces dix dernières années.
Rien que ça. Pouf. Où l’on parle encore d’adjectifs trop faciles . «Meilleur», «Grand», «Intouchable». Le concours de touche-kiki/touche-clavier semble déjà lancé. Et pourtant. Quoi d’autre que ces mots simples et définitifs pour mieux qualifier l’effort ici fournit. La branlette intellectuelle a ce défaut que de vouloir chercher le mot unique pour qualifier des choses qui ne mérite pourtant rien d’autre que l’instinct et la sincérité. Avec cet album, Youssoupha ne fait rien qui tendrait à révolutionner le genre ou lui apposer une étiquette «new school», cette arlésienne qu’attendent les anciens spécialistes du genre passés à autre chose. Et là est sa vraie force. Ne pas vouloir «faire comme», ne pas chercher à s’extirper d’une masse avec la prétention d’en devenir le nouveau mètre-étalon. Et surtout, ne pas forcer l’effort. Ne pas forcer le geste. Comme tous les grands disques hip-hop français avérés, de sa genèse à son exécution, la bulle qui semble protéger l’ensemble s’orne de deux éléments essentiels, simples et pourtant tellement inaccessibles : l’osmose et l’intensité.
La recette paraît simple. S’armer d’une grosse pelletée de producteurs venus de divers horizons avec, si possible, des tonalités et des styles variés. Y ajouter un nombre conséquent mais raisonnable de featurings et mixer le tout avec des thèmes tirés au sort dans une jolie casquette Chicago Bulls. Toujours est-il qu’à suivre une concoction à la lettre, on y trouve le même goût que chez le voisin. Aussi, Youssoupha aura sut ici saupoudrer sa potion magique des ingrédients qui font le liant et la puissance de ces tracks singuliers et uniques. Le talent. La dose de Safran doré. Celle là même que certains, un peu trop grossiers dans le dosage, ont trop fait de nous recycler à chaque sortie. Alors oui, Youssoupha n’est peut être pas le rappeur le plus technique du moment. Son flow n’use pas de techniques insensées et prompts à appeler un orthophoniste pour apprécier correctement son album. Mais c’est aussi pour cela que son art vise encore plus juste, dans cette capacité à ne pas évincer une partie de son audience. Pour mieux la capturer définitivement au gré de textes de haute tenue. On a tôt fait d’appeler un rap bien écrit de rap conscient. Mais les mots de Youssoupha sont aussi moralisateurs qu’un snuff-movie glissé entre deux Dora L’exploratrice. Sa force, il la tire d’un art presque du mot juste. L’art de la punchline. Ce nouveau Graal du rappeur-tueur prêt à vendre son âme à Michel Audiard pour deux strophes assassines. Encore faut-il l’user avec intelligence et parcimonie. Force est de constater qu’à aucun moment l’artiste Bomayé Music n’use du verbe gratuitement. Chaque rime vise juste, chaque verbe tire un trait sur la suffisance. En somme, avoir un but tout en gardant en tête cette notion de musicalité et de soul music, au sens strict du terme, de celle qui touche l’âme. Il suffit pour s’en convaincre de laisser le morceau Viens infiltrer les tympans de l’audience encore perplexe pour achever un tableau déjà bien entamé via une intro blindée. Par sa puissance évocatrice, par la sincérité des mots employés et par cette amalgame parfait de la voix et du son que l’on n’avait plus ressenti depuis un certain DJ Premier/Guru, Viens envoie valdinguer les stéréotypes et les préjugés, explose de fureur et de rage positive et pousse la chair de poule de l’auditeur à des dosages presque embarrassants. Peut être le plus beau morceau de rap français depuis un certain Demain c’est loin. Le clavier s’enflamme, le lecteur lâche un rictus à la fois moqueur mais intéressé. Le lecteur ne sait pas encore qu’il ne s’agit que d’une première salve, et pourtant…
Difficile manœuvre que celle de la dithyrambe quand elle ne veut pas se noyer sous les phrases enthousiastes. Aussi, si citer chaque morceau marquant de Noir Désir relève à la fois d’un plaisir certain du partage mais aussi d’une gageure qui voudrait que l’on n’en oublie aucun, il faudra toutefois garder en fil rouge que ce qui fait de cet album un grand disque est cette capacité lyricale à la maturité, aux thèmes adultes (avoir un enfant ET mener une vie d’ aduslecent n’est pas incompatible ; garder un lien fort avec ses racines ET ne pas tomber dans le Bisso na Bisso-like ; avoir une pertinence politique et sociale folle ET ne pas se noyer dans une haine étatique vaine etc etc…) associés à une production musicale de très haut niveau car toujours juste, toujours en adéquation avec son sujet, tout en gardant une furieuse modernité (en tête de liste les faramineux L’enfer c’est les autres, Espérance de vie ou encore B.A.O. avec Taipan, morceau créé «dans 5 ans» qui nous fait l’honneur d’être écoutable avant la fin du monde…). C’est d’ailleurs probablement pour cela que ce disque réconcilie enfin les «anciens» avec une scène française habituellement boudée. De cette capacité toute naturelle à remettre le sample au cœur des débats tout en évitant le sempiternel Boom-Bap qui laisserait de côté toute la nouvelle génération. En cela, en dehors des productions gargantuesques de Soulchildren, Skalp, Dj Duke (entre autres), il faut impérativement citer le musicien (insistons sur le terme) Cehashi qui trouve enfin ici l’écrin lui assurant une éclosion médiatique sur le tard mais avec des ailes dans le dos. C’est bien simple, chacune de ses tentatives restent irrémédiablement tamponnée dans nos synapses et le duo qui paraît aujourd’hui évident, qu’il compose avec Youssoupha ne peut décemment pas s’arrêter avec une telle cohérence et un tel amour de la note juste, placée, solide. Après le suicide 20syl, l’autodafé du hip-hop d’ici pourrait s’éteindre s’il savait où mettre ses deniers, désormais, difficilement acquis.
Et voilà. Comme si on ne pouvait pas s’en empêcher. Comme si, quoiqu’il arrive, la manière devait être la même. A grand disque, définition par les superlatifs. Mais au final, qui s’en plaindra? Les aigris, nos petits haters à bérets, la nuque encore ankylosée par une overdose de Replay sur le dernier Booba? Les «vrais»journalistes, ceux là même encore sous le charme d’un François Barouin chantonnant L’empire du Côté Obscur et qui ont juste oublié que défendre ses idées, c’est avant tout les scander avec sincérité? Syndrome Caliméro. Que nenni. Simple constat. Toujours est-il qu’il fallait bien répondre à cette question laissée en en-tête : « Qu’est ce qu’un classique ? ». Avec le fond et la forme. Le poids des mots, le choc des photos, qu’il disait . Et bien un classique, c’est donc cela. De ces disques immédiatement universels, immédiatement reconnaissables, immédiatement inscrits dans la mémoire collective. Non pas à la force du nombre de copies écoulées ou du nombre d’adjectifs empilés pour le qualifier. Mais simplement par sa force évocatrice et sa teneur. D’aucuns auraient parler de son intensité. Si c’est bien là le terme qui définit l’amour et la violence, nous l’entérinons de ce pas.
«Silencio!», a-t-on envie de crier, telle Rita pendant son cauchemar dans Mulholland Drive. Face à la cacophonie régnant à l’évocation du simple nom de la chanteuse américaine, il est en effet nécessaire d’oublier quelques instants les avis tranchés, les polémiques au sujet de ses prestations live ou le plagiat, calculé ou non, du titre de la chanteuse grecque Eleni Vitali, pour se concentrer sur sa musique. Et sur un album, Born To Die, qui fait d’ores et déjà couler beaucoup d’encre.
En distillant en l’espace de six mois trois singles somptueux, Lana Del Rey avait placé la barre très haut. Video Games, l’un des plus beaux morceaux de l’année dernière, révélait une voix grave et sensuelle qui s’avérait marquante, nous rappelant par ailleurs celle de Nicole Atkins, sa compatriote scandaleusement sous-estimée. Avec Blue Jeans, on découvrait des envolées aiguës, sur des mélodies célestes et des couplets boudeurs. Les cordes de Born To Die, flanquées d’un beat minimal, renouaient avec sa voix grave et cette dimension dramatique. Les vidéos arty les accompagnant, vues plusieurs dizaines de millions de fois, participaient largement à faire connaître la demoiselle aux boucles d’or.
Mais lorsqu’elle quitte son palais rétro et glam, Lana redevient parfois Lizzy, se met en danger, quitte à ternir sa fraîche réputation et abîmer son visage d’ange. Gambadant alors sur les terres de CocoRosie (Off to the Races), la belle s’encanaille et opte pour un phrasé hip-hop. Avec plus ou moins de réussite, car si le léger Diet Mountain Dew amuse, National Anthem intrigue sur ses couplets avant de faire fuir sur le refrain. Les choses se dégradent clairement avec Dark Paradise, incursion pop sous-madonnesque, sur un Radio au refrain indigeste ou sur le sirupeux This Is What Makes Us Girls.
Ces erreurs de casting viennent sérieusement entâcher une image soigneusement façonnée, mais devraient remplir les temps de cerveaux disponibles sur les ondes. Heureusement, un morceau comme Carmen relève le niveau et s’inscrit davantage dans la lignée des titres déjà connus. Million Dollar Man voit Lana Del Rey s’envoler pour croiser Fiona Apple en apesanteur. Les trois titres bonus s’avèrent quant à eux plutôt dispensables.
Créature lynchéenne véhiculant une image froide et glamour de papier glacé dans l’esprit des années cinquante, jeune femme issue d’une famille aisée dont le sujet de l’authenticité bucccale fut sur toutes les lèvres et qui sortit ses premiers travaux sous son véritable nom (Lizzy Turner) dans un relatif anonymat, Lana Del Rey cultive paradoxe et mystère, entre icône pop et desperate housewive. Certains y ont naÏvement vu une stratégie de maison de disque, omettant que dans ce domaine les voies du succès sont le plus souvent impénétrables. Born To Die est un disque inégal, aux sommets connus d’avance, et qui confirme simplement ce que beaucoup craignaient, à savoir le risque de dévoiler trop tôt son jeu et ses meilleures cartes. Restent cette voix, et ces quelques pépites… So, born to die or not?
Cédric B
7,5/10
Sortie prévue le 30/01 (Stranger Records/Universal)
Semaine rémoise sur Swommb. Après John Grape, on vous présente aujourd’hui une virevoltante lady, à l’electro-pop efficace en diable. About The Girl a collaboré avec Yuksek, confié ses morceaux à (l’incontournable) Guillaume de The Shoes et à Arbogast, envoie des friandises catchy et sexy à souhait, revendique des influences allant de Likke Li à M.I.A., et se transforme sur scène.
Les deux premières personnes se présentant au concert de John Grape + About The Girl vendredi à Metz en citant le nom de ce blog se verront offrir une entrée.
Guillaume de The Shoes et Yuksek ont collaboré à ton album, ça s’est fait naturellement?
Mon album n’est pas encore sorti, mais Guillaume a effectivement travaillé sur les arrangements de mes morceaux. Nous préparons la même chose avec Yuksek et j’enregistre pas mal mes voix dans son studio. Sans oublier Thomas d’Arbogast et batteur percutant pour The Shoes qui bosse aussi sur les arrangements ! En fait, j’ai commencé seule à composer des morceaux, tellement, que je suis arrivée à un point ou il était nécessaire de trouver une oreille attentive, un regard objectif et bienveillant. Naturellement j’ai voulu les partager avec mes amis qui sont effectivement ceux que tu cites, et de fil en aiguille nous avons bossé ensemble sur mon projet et réciproquement il m’arrive d’être impliquée dans les leurs (choeurs sur scène pour The Shoes ou pour l’album de Yuksek…). Et c’est plutôt chouette de bosser avec eux, ils m’ont pas mal poussé à rendre About The Girl visible !
On peut difficilement ne pas parler de «Reims Touch»…
La « Reims Touch » c’est pas un club de rugby plus soft situé à Reims ?
Es-tu déjà parti en tournée avec l’un des groupes rémois?
Je pars parfois avec The Shoes pour quelques dates, sinon avec About The Girl on fait des minis tournée très chouette! Et j’ai fait la première partie de Yuksek au Trianon dernièrement …
Tes morceaux sont hyper catchy, tes influences sont plutôt tournées vers la pop?
Oui, c’est clairement de la pop, mais je ne suis pas uniquement influencée par la pop. Je peux aussi bien écouter The Knife que Beyoncé, Marina and the Diamonds que The Horrors, Cindy Lauper que Grimes … Ma pop est introspective avec des détails cachés, j’aime aussi l’idée que l’on puisse greffer une sorte de nostalgie, de mélancolie dans des morceaux très pop. Que l’on puisse garder une nette apparence d’insouciance avec une forte ambiguïté quant à la tension d’un morceau, une espèce de mélancolie lumineuse… Mais tu peux danser!
Quels thèmes y abordes-tu?
Je me questionne pas mal … Des trucs du genre : Comment serait-on si on venait du tigre et pas du singe? Comment gérer ce qu’on transporte de notre petit passé? Comment gérer des manques? Pourquoi j’aime imaginer mes sons dans les oreilles des gens qui partent au travail? Pourquoi c’est bon de voler près du soleil à s’en cramer les ailes et tomber de haut? Je parle aussi de moments ou j’écrivais des paroles de chanson au marqueur sur le mur de ma chambre, pour ne pas être gênée pour chanter et gérer mes choré en même temps! (rires)
Pourquoi «About The Girl»?
Au départ j’avais choisi un nom très masculin et presque viril (le genre de nom pour un groupe de rap) pour camoufler le fait que je suis une fille seule qui fait ses sons. Bref, depuis j’ai décidé d’assumer et d’imaginer un nom qui raconte la fille, les filles, les filles que tu imagines, celle autour de toi, toi ou d’autre. Et oui c’est en rapport aussi avec la chanson « about a girl ». Kurt Cobain a écrit cette chanson pour sa copine de l’époque qui se plaignait que celui-ci n’ait pas écrit de chanson sur elle, alors voilà je voulais ce nom pour tous les garçons et les filles qui n’ont jamais eu de chanson sur eux!
Tes concerts se transforment-ils parfois en dancefloors?
Le public ne connait pas encore les paroles par coeur, quoique… Ils sont très attentifs!
Quels disques t’ont marqué en 2011?
Metronomy « The English Riviera », Austra « Feel It Break », The Horrors « Skying », The Shoes « Crack my bones », Yuksek « Living on the Edge of Time », Katy B « On A Mission », Cults « cults », Yelle « Safari Disco Club ».
Et les Morceaux de 2011?
Florence and the machine « Shake It Out », Baxter Dury « Isabel », James Blake « Limit to your love », Grimes « Vanessa », Drake « Headlines », Wild Beasts « Albatross ».
Propos recueillis par Cédric Botzung
Photos: Julie Michelet
Reims. « The place to be » pour les musiciens français ces derniers temps. Ou plutôt le lieu idéal où éclore. Yuksek, The Shoes, Bewitched Hands, Brodinski, Alb, mais également John Grape ou About The Girl. La liste est longue et pas forcément close.
Pop joueuse et bricolée, folk aérien et profond, c’est le trio John Grape (composé de Jérôme, Sam et Vivien, le Jeff Buckley rémois) que l’on vous présente aujourd’hui, avant leur concert à Metz vendredi.
SWOMMB: Comment est né John Grape, et d’où vient votre nom?
Vivien : John Grape est né de ma rencontre avec Sam. On travaillait dans le même studio de musique contemporaine. On s’est mis à gratouiller en soirée et lors d’une improvisation est née la chanson Pale Girl. On s’est pris au jeu et on a voulu en faire d’autres. Le groupe a commencé à jouer à 2 dans des bars à Lille, Puis à 3 avec un premier batteur, remplacé par Jérôme il y un peu plus d’un an.
Sam : Le nom est celui de notre logo, le chat ailé. En colloc au début du groupe, on avait un chat nommé Jean Raisin (longue histoire…). Il est malheureusement mort très jeune, au moment où on cherchait un nom. On s’est dit que John Grape lui rendrait un joli hommage. Et au final, on est 3 chats, non ? On fait les fous, on miaule, on mange, et on a besoin de câlins.
Quel est le parcours du groupe?
Jérôme : Ça fait 2 ans que le groupe commence à jouer sous le nom de John Grape et un peu plus d’un an que le projet est devenu central dans nos vies. Je suis est arrivé en novembre 2010 et hop, quelques jours après on auditionnait pour les Découvertes du Printemps de Bourges ! Depuis les choses s’enchaînent : sortie d’un EP 5 titres, soutien de la Cartonnerie (la SMAC de Reims), off des Bars en Trans, puis les Découvertes du Printemps Bourges , prix public des Inrock Labs en mai, lauréat du Fair, pas mal de jolies dates aussi. Et tout récemment l’arrivé d’un tourneur réputé : Daka Tour. On n’a pas vu l’année passer ! On est vraiment content de ce parcours.
Vos influences sont autant à aller chercher dans le folk 60’s que dans le rock 70’s ou la pop indé américaine des 90’s?
Sam : Oui un peu tout ça, et le jazz aussi, et le début du progressif, Genesis, Pink Floyd. Et chaque membre du groupe a ses petites lubies, ses influences improbables. Vivien compose les morceaux qui sont arrangés à trois, ce qui donne véritablement l’univers John Grape, avec le jeu et les influences de chacun.
Lorsqu’elle part dans les aigus, la voix de Vivien évoque celle de Jeff Buckey…
Vivien : Oui je l’ai beaucoup écouté au lycée, à l’époque en plus je chantais alto (avec les filles) dans la chorale… Je chantais beaucoup par dessus les disques que j ‘écoutais, notamment sur Björk, Robert Wyatt, Radiohead, Simon & Garfunkel. On ne peut pas dire que ce soient des voix graves…
Comme chez l’américain, on sent un tiraillement entre calme et tempête…
Vivien : Oui, ça bouillonne. On est comme ça. Il y a une part de blues ou de grunge dans John Grape, ou parfois de rock dans la pop. Les paroles ne parlent que d’amour, mais il y a toujours une part d’incertitude, de mélancolie, de haine, des fois d’espoir quand-même. L’amour c’est comme ça, non ?
Vous revendiquez un côté bricoleur à la Gondry, pourtant votre musique sonne plutôt raffinée…
Sam : Disons qu’on aime la matière, fabriquer nos baffles, penser à la scéno avec des lecteurs à bande, des K7, de vieux synthés. On est un trio qui a des idées d’arrangement qui nécessiteraient d’être 5 sur scènes ! Alors on bricole, on trouve des astuces…
Vous possédez une approche de la scène bien à vous, avec un décor familier?
Jérôme : On aime bien se sentir à la maison ! On ne s’imaginait pas avec une scène standard, avec des lumières qui bougent dans tout les sens et de la fumée à gogo… On a voulu créer un petit chez nous, qui crée l’ambiance intime et bizarre dont a besoin John Grape, et nous invitons le spectateur à nous rejoindre dans cet univers. Par contre on n’a pas encore trouvé le moyen de mettre des chats sur scène.
Plusieurs d’entre vous collaborent à d’autres projets?
Sam : Vivien et moi jouons dans ALB et Jérôme dans les Sex Kittens Go Bossa Nova.
Qu’a-t-il bien pu se passé à Reims pour qu’on assiste à une telle effervescence?
Vivien : L’effet boule de neige ! Un groupe de potes commence à marcher, puis 2 puis 3. Ça donne des envies. On s’est dit : «tiens, c’est possible, on peut faire de la pop ? se faire connaître ?». Ça donne une rage, une volonté, une sorte de compétition saine. La cartonnerie et la région ont aussi mis en place des dispositifs qui permettent de se professionnaliser, d’avoir des conseils, des résidences etc…
Les projets pour cette année?
Jérôme : Jouer, Jouer et Jouer ! Et enregistrer notre premier album avec un chouette label …